Quels sont les liens entre notre alimentation et nos émotions ?
Alimentation - 03/03/2022 - Lecture 5 mn

Quels sont les liens entre notre alimentation et nos émotions ? Pourquoi l’un agit-il sur l’autre, et vice versa ? Nous pourrions facilement écrire un livre entier sur le sujet. Résumons en quelques points clés.

D’un point de vue purement physiologique, l’alimentation et la faim sont soumises à tout un tas de mécanismes et d’hormones (baisse de la glycémie sanguine, ghréline, motricité du tube digestif, sensation de satiété, etc.) qui vont amener l’individu à s'alimenter. Le corps et le cerveau entretiennent une communication complexe pour maintenir un équilibre énergétique homéostatique. C’est notamment la zone limbique du cerveau qui est sollicitée et activée dans le fait de manger.

L'appétit quant à lui, c’est le désir de se nourrir, l’envie de manger quelque chose qui nous procure du plaisir et une sensation de sécurité avec des aliments dont on sait qu’ils sont comestibles pour l'être humain.

L'émotion, vaste sujet aussi à lui tout seul, c’est encore aujourd’hui difficile d’en apporter une définition claire, précise et unanime. Pour faire simple, on peut dire que l'émotion, qui vient du latin “e-movere”, signifie quelque chose qui “va à l'extérieur de” . La palette des émotions ressenties est un état affectif, primitif, influencé par des stimulis de notre environnement externe (via nos cinq sens : vue, odorat, toucher, ouïe, goût) et par notre monde intérieur (une pensée ou même un souvenir, sont capable d’engendrer une émotion). C’est une réponse physique et psychologique à une situation. Et fait intéressant, c’est aussi dans la zone limbique du cerveau que se situe le siège des émotions.

Le lien entre alimentation et émotions commence très tôt, avant même la naissance. On sait maintenant que l’alimentation de la maman enceinte va entraîner des changements au niveau du goût du liquide amniotique, développant déjà des préférences alimentaires chez le futur bébé. Ce dernier est déjà réceptif aux prises alimentaires de sa mère, ainsi qu’aux émotions ressenties par celle-ci. Tout cela ne fera que se confirmer après la naissance, les pleurs de bébé amenant au sein ou biberon, ou le réconfort maternel pour apaiser l’enfant passant lui aussi par le sein ou biberon, etc. Selon notre éducation, nos expériences, l’influence et les attentes de la société, l’environnement dans lequel nous allons évoluer, ou encore la propre relation de nos parents face à la nourriture, nous allons façonner notre propre lien entre alimentation et émotions en grandissant.

L’Alimentation joue sur nos émotions

D’une part, d’un point de vue purement psychologique, nous vivons dans une société où nous ne mangeons plus pour vivre/survivre mais plutôt vivons pour manger/déguster. Le simple fait de s’imaginer manger va mettre tous nos sens en éveil, et donc générer une ou plusieurs émotions. Sans oublier l’impact de l’environnement extérieur sur l’alimentation (dans quel contexte mangeons-nous ? Avec qui ? etc.). D'autre part, d’un point de vue physiologique, nous savons maintenant que certains nutriments, présents, ou non dans notre alimentation vont avoir des conséquences sur nos émotions. Comment ? Parce que notre cerveau, pour fonctionner de façon optimale et correctement, doit recevoir via notre alimentation un certain nombre de macro et micro nutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments, etc.). Ne vous est-il jamais arrivé de vous sentir lourd, fatigué, aigri après un repas ? Ou au contraire, plein d'énergie et de très bonne humeur après un autre repas ? Cela dépend en effet de ce que l’on va trouver dans votre assiette. Une alimentation riche en couleurs, diversifiée, équilibrée et répondant aux besoins du corps va permettre à l'organisme de fonctionner correctement et donc au cerveau de

réguler de façon optimale notre humeur, notre niveau de stress, les hormones du bien-être, les neurotransmetteurs, etc. et de maintenir un parfait équilibre de notre système nerveux, permettant à son tour une meilleure régulation de nos émotions. A contrario, une alimentation trop riche, trop grasse, trop transformée, vide de nutriments ou ne répondant pas aux besoins de l’organisme ne permettra pas au cerveau de faire son travail correctement et de nombreuses perturbations peuvent ensuite apparaître telles que stress, fatigue, irritabilité, etc.

Nos émotions jouent sur notre alimentation

Comment gérer la faim émotionnelle?

Pour finir cet article, prenons la question dans le sens inverse pour parler de l’impact des émotions sur notre comportement vis-à- vis de l’alimentation. On parle beaucoup de “l’alimentation émotionnelle" aujourd’hui. Notion que l’on peut définir comme étant le fait de manger, de consommer de la nourriture ou certains aliments, en réponse à un ressenti émotionnel, plutôt qu'à un ressenti physiologique (tel que la faim ou la satiété). Par exemple, nous allons chercher via la nourriture du réconfort, pour diminuer (le temps d’un instant) un autre sentiment / ressenti déplaisant et/ou inconfortable ; ou bien à "combler un vide” pour apaiser la encore une émotion désagréable. Il y a alors plusieurs types de “faim” que l’on peut distinguer, notamment :

  • la faim physiologique : mécanisme complexe du corps (baisse glycémie ? hausse glucagon ? hausse ghréline (hormone de la faim) ? motricité du tube digestif = gargouillement voir même hypersalivation) qui va entraîner une sensation de faim physique. À noter que la ghréline agit aussi sur la satisfaction, la motivation et les dépendances = l'appétit.
  • la faim émotionnelle : rappelons que physiologiquement, la zone du cerveau impliquée dans le fait de manger est la zone limbique. Cette même zone est le centre de contrôle des émotions et de leurs expressions dans le corps. Et là encore, la ghréline agit sur la satisfaction, la motivation ET sur les émotions. Cette hormone est aussi impliquée dans les zones qui sécrètent de la dopamine (un neurotransmetteur impliqué dans la sensation de plaisir et de la satisfaction immédiate) et joue donc un rôle dans le circuit de la récompense. On mange alors pour provoquer un sentiment de plaisir et de réconfort (et souvent pour masquer autre chose ...). Il y a alors beaucoup de questions que l’on peut se poser : qu’est- ce-que la nourriture apporte que nous n’arrivons pas à nous apporter nous-même ? Est- ce pour apporter de la détente ou au contraire du contrôle ? Est-ce pour rendre une situation déplaisante un peu plus confortable ? Sur un niveau inconscient, l’alimentation émotionnelle peut alors correspondre à un mécanisme d’auto-apaisement.

Lorsque nous ressentons le besoin soudain et fort de manger un certain aliment ou type d’aliment, il est possible et utile de s’interroger sur la cause et la signification de ce dernier (à un niveau micro nutritionnel et émotionnel) pour ensuite savoir comment y répondre. Par exemple, lors d’une fringale, le corps va chercher à nous communiquer quelque chose de bien précis :

  •  du chocolat ? le corps a peut-être besoin de magnésium, l’esprit quant à lui recherche un besoin d’amour
  •  du sucre ? le corps a peut-être besoin de chrome, phosphore, soufre, tryptophane, l’esprit lui est à la recherche de plaisir, de distraction, de récompense
  •  du pain ? le corps a peut-être besoin de nutriment azote tandis que l’esprit cherche du calme et du réconfort
  •  du gras ? peut-être un besoin de calcium pour l’organisme, ou le reflet d’un sentiment de vide intérieur par l’esprit -...

Nous avons donc vu que la relation entre alimentation et émotions est extrêmement complexe et joue sur plusieurs plans (physiologique, psychologique) qui se développent avant même la naissance et va évoluer tout au long de la vie selon notre vécu et nos expériences. Une relation complexe, au combien importante et à ne pas négliger dans notre fonctionnement au quotidien et notre sensation de bien-être global.

Rédigé par Elodie Joyeux