Quand la forêt nous invite au bien-être, à la découverte de la sylvothérapie
Thérapie alternatives - 28/05/2021 - Lecture 10 mn

Juliette Jouannet nous emmène ici en voyage. Un voyage au cœur des arbres, des sensations provoquées par la forêt sur notre corps et notre esprit, des bienfaits des poumons verts sur notre santé. Laissez-vous charmer par ce récit et suivez le conseil de Juliette : n’oubliez pas de prendre rendez-vous avec la forêt.

« Nul ne doute de la santé du sejour ès Forests », écrivait Olivier de Serres en l’an 1600. Quelques centaines d’années plus tard, en 2019, le premier Sylvatorium ouvre ses portes en France, dans la forêt des Capucins en Auvergne, un projet mené par l’Office National des Forêts…

Mais alors, la sylvothérapie, qu’est-ce que c’est ?

La sylvothérapie se définit comme le traitement de certaines affections physiques ou psychologiques par le contact avec les arbres en forêt. Mais avant toute chose, la sylvothérapie est une affaire individuelle, une histoire de sensations et de ressentis, une relation entre chacun de nous et les arbres. Certes, la recherche scientifique a mis en évidence les bienfaits physiques que la forêt induit. Mais ce qui la rend si puissante est peut-être tout simplement une histoire de lien devant l’éternité entre l’homme et la forêt…

La forêt, source de détente

Chacun de nos sens s’éveille à l’entrée du sous-bois

En pénétrant dans les sous-bois, c’est la douceur de la lumière, filtrée par la canopée, qui la première nous accueille. Nous plongeons dans le vert, dans une infinité de verts…

Nous intégrons un lieu où la température est plus douce de quelques degrés, moins chaude l’été, moins fraîche l’hiver, puisque la végétation et l’humus des sols participent à une certaine forme de régulation thermique. Notre marche se fait aussi plus souple sur un sol tapissé de végétation. Aviez-vous déjà remarqué ?

L’oreille tendue, nous guettons alors les bruits de la forêt. Car le silence de la forêt n’est pas l’absence de sons, mais bien la révélation de tous les sons de la nature. Les bruits de la civilisation s’estompent. Les oiseaux dans les arbres, le vent dans les feuillages, le gibier dans les fourrés, le ruisseau dans le fossé, les insectes sur l’écorce, la sève dans les troncs…

Humons. Les senteurs sont uniques, spécifiques… Nous nous concentrons pour identifier ou deviner, et guetter aussi.

La forêt agit sur notre corps, notre stress et même notre système immunitaire !

En 1990, Yoshifumi Miyazaki, chercheur à l’Université de Chiba, au Japon, fait ses premières expériences pour étudier les effets du « bain de forêt » ou « Shinrin Yoku ». Les résultats sont tels qu’il évoque une véritable « thérapie forestière ».

Il constate une diminution de la présence de cortisol et donc de l’état de stress de notre organisme. Ce qui permet de réduire l’activité de notre système nerveux orthosympathique, entraînant une dilatation des bronches, une accélération de l'activité cardiaque et respiratoire, une augmentation de la tension artérielle, une dilatation des pupilles, une augmentation de la transpiration, etc. Se développe alors l’activité de notre système nerveux parasympathique, provoquant ainsi le ralentissement du rythme cardiaque et de la respiration et encourageant l’activité intestinale et glandulaire. Le système immunitaire s’en trouve renforcé !

Quant à l’effet de la couleur verte, le scientifique indien Dinshah P. Ghadiali l’utilise déjà au début du 20e siècle pour reposer et fortifier, calmer la nervosité et la colère, diminuer la tension sanguine et soulager l’insomnie.

En forêt, la luminosité a un impact véritable sur le promeneur. Ainsi, pour Georges Plaisance, ingénieur en chef des Eaux et Forêt, auteur de nombreux ouvrages sur la forêt, l’effet visuel des variations de cet éclairement en forêt est une sorte d'acupuncture de la rétine.

Jusqu’aux bruits de la nature, du chant des oiseaux au bruissement des feuilles, objet d’études depuis le 19e siècle (cf. Joseph-Louis Roger), la musicothérapie de la forêt agit sur notre organisme, lui apportant la détente favorable à notre équilibre nerveux.

En forêt, nous sommes dans un état propice à la réinitialisation

Se (re)caler. Reprendre son rythme initial, profond, sincère. C’est certainement pour cela qu’a été choisi ce terme « bain de forêt » en japonais. « Il me semble que sous les ombrages, d’une forêt, je suis oublié, libre et paisible » écrivait Jean-Jacques Rousseau dans Les rêveries du promeneur solitaire (1776).

Laissons-nous simplement ralentir à travers bois, aller vers le calme et l’apaisement. « En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse » clame Sylvain Tesson, écrivain voyageur, amoureux de la nature. Et oublions nos téléphones portables, nos écouteurs, notre montre aussi…

Pourrions-nous parler de consultation végétale ? La forêt se fait thérapeute, sophrologue peut-être… transformant le poids de nos pensées et émotions en énergie positive, renforçant notre vitalité.

La forêt, une respiration profonde

Quand les poumons verts de la planète nous inspirent

« Rien n’est sans signe. » disait Paracelse, médecin et théologien suisse du 16e siècle pour illustrer la « théorie des signatures ». Les ramures des arbres n’évoquent-elles pas celles de nos bronches ? Le vocabulaire médical ne s’est-il pas inspiré de celui des arbres pour définir ainsi les « ramifications » de nos poumons dont l’ensemble est appelé « arbre bronchique » ?

Jean-Marie Defossez, Docteur en biologie, spécialisé en physiologie et coach respiration, parle des arbres comme « les maîtres absolus dans l’art de respirer » puisqu’ils inspirent et expirent en même temps. Il constate aussi que « dès que nous pénétrons dans une forêt, notre respiration s’apaise, s’approfondit, s’harmonise. Comme si la simple vision de la ramure d’un arbre était un appel silencieux à réanimer l’arbre intérieur contenu dans nos poumons ».

Il souffle depuis toujours un vent de santé parmi les arbres

Dans son traité « Des airs, des eaux, des lieux », Hippocrate, traditionnellement considéré comme le « père de la médecine », attribue à l’air la principale cause de toutes les maladies. Il recommande déjà les séjours dans les bois.

Au Moyen-Age, Sainte Hildegarde de Bingen, religieuse bénédictine naturaliste, faisait notamment l’éloge du sapin, réputé pour donner la force de guérir et de faire fuir le mauvais esprit.

L'abbé Kneipp, au 19e siècle, préconisait le bain dans une décoction de pousses, jeunes branches et pommes de pin et conseillait l'absorption des larmes de résine de pin et sapin pour la fortification de la poitrine et du système vasculaire. Sont alors créés des « préventoriums » et des « aériums »…

L'Administration des eaux et forêts puis l'Office National des Forêts ont peu à peu mis à disposition des sentiers, des lieux de repos et de pique-nique et même des zones de silence… Jusqu’à ce que soit créé le Sylvatorium dans la forêt des Capucins, au Mont-Dore en Auvergne. Le Sylvatorium est le fruit de longues années de rêve et de labeurs d’un agent de l’ONF, Bernard Alméras, passionné et convaincu de l’influence des arbres sur notre santé. Ce premier parcours sylvatique de France met à disposition de grandes baignoires en bois dans lesquelles on se couche ou s’assoie, pour profiter des essences, du chant vibratoire, de la lumière, des vibrations énergétiques et d’un grand bol d’air, apaisant et vivifiant.

Georges Plaisance explique qu’en forêt, l’humidité de l’air, aussi, nous est bénéfique car elle éviterait le dessèchement des muqueuses. D’autre part, la fonction chlorophyllienne permet à la forêt de produire 7 litres d’oxygène par arbre en moyenne au quotidien, sachant qu’un homme en consomme 0,5 litre. Chaque promenade en forêt est donc une bouffée d’oxygène !

Enfin, on notera l’importance de l’action des phytoncides, substances volatiles excrétées par les arbres feuillus et surtout par les résineux. De nombreuses recherches ont montré l’importance du rôle antibiotique et antiseptique de ces essences aromatiques permettant d’assainir l’air.

A noter toutefois, même si la forêt nous met à disposition un air nettement plus pur que celui de la plaine, elle ne peut nettoyer nos poumons de tous les polluants emmagasinés par ailleurs...

La forêt nous offre une bouffée d’oxygène

L’air pur est aujourd’hui rare et précieux. Alors prenons le temps de le savourer et inspirons, expirons profondément, encore et encore. Les effets de la forêt se font ressentir dès une demi-heure d’immersion et nous en gardons les bénéfices pendant plus de trente jours !

La « cure forestière » aurait encore plus d'efficacité accompagnée par un spécialiste de la respiration, à l’image de Jean-Marie Defossez qui a développé une technique adaptée de « Coach-Respiration ».

Le souffle est ce qui nous relie à la vie. La forêt serait-elle alors le lieu qui, outre l’oxygène qu’elle nous apporte, permettrait de reprendre son souffle, de mieux respirer à l’intérieur de soi ?

 

La forêt, en (re)connexion

La forêt, révélateur de notre humanité

Chacun de nous a une sensibilité différente, selon son histoire, ses expériences de vie, son tempérament. Mais chacun trouve dans la forêt ce dont il a besoin, issu des souvenirs, de l’instant ou de l’imaginaire. La forêt peut nous conforter dans ce que nous sommes ou au contraire nous bousculer vers le dépaysement.

Interrogé sur le bénéfice des immersions en forêt qu’il propose depuis plusieurs années à ses patients atteints d’eczéma chronique, Jean-Marc Chavigny, médecin dermatologue-allergologue, affirme : « la forêt donne une plus-value à tout ce qui est fait par ailleurs ». La forêt agirait comme un révélateur, un amplificateur, un fortifiant de tout ce que l’on fait par ailleurs pour se sentir bien. Georges Plaisance nous dit aussi que la forêt « joue le rôle des haltères qui ne sont que des moyens d'exercer ses muscles, sans être efficaces par eux-mêmes. »

Si nous avons la capacité à appréhender l’arbre comme un élément de notre intimité, alors chaque partie de l'arbre, aussi bien son tronc, ses racines, son écorce, ses branches, son feuillage, sera susceptible de parler à notre intellect et à nos émotions.

C’est au cœur des arbres qu’est né le sacré

L’histoire, la religion, la culture sont emplies d’exemples qui placent l’arbre en symbole universel de stabilité, confiance et force. Ainsi, la mythologie nordique relate la création des premiers humains Ask et Embla à partir d’arbres morts ; différents arbres jalonnèrent la vie de Bouddha, notamment le figuier sous lequel il connut l’éveil ; la Grèce Antique met en valeur le chêne, consacré à Jupiter, souverain des dieux, le laurier à Apollon, dieu de la lumière et des arts, le peuplier à Hercule, symbole de force et de courage, etc.

L’Arbre de Vie est effectivement un symbole que l’on retrouve fréquemment, que ce soit dans la mythologie babylonienne, dans la médecine Tibétaine, dans la Kabbale, ou dans la Bible. Des vertus magiques sont toujours attribuées à la forêt, l’esprit des arbres veille et peut provoquer la pluie, accélérer la guérison ou développer les récoltes.

L’imagination des conteurs remplit la forêt d’elfes, de lutins, de gnomes, de fées… Peau d’Âne, Blanche Neige, la Belle au Bois Dormant, notre enfance a été bercée d’histoires de forêts. Nous pouvons nous aussi nous y perdre, nous entraver dans les ronces et les fossés, nous y retrouver prisonnier.

Et puis il y a notre histoire. Celle de chacun. Nous entrons dans un espace sacré abritant une grande partie des règnes du vivant, le végétal, les champignons, les animaux, le minéral... et tout ce qui serait de l'ordre de l’invisible aussi.

Passer un moment en forêt est une douce exaltation

Dans notre promenade sensorielle, nous avons évoqué l’influence de la couleur verte sur le corps, mais celle-ci bien sûr joue également un rôle important sur le psychisme. C’est la couleur de la vie, elle tend à l’espoir, le renouveau, la renaissance.

Également par sa forme l’arbre nous évoque la Vie, tel un lien entre la Terre et les Cieux, du matériel au spirituel. L’arbre généalogique en est une illustration.

La forêt est ainsi une occasion de recueillement, d’intériorisation, de rassemblement de soi dans un monde de dispersion.

« O moi qui veut grandir, Je regarde au dehors, Et en moi grandit l’arbre. » Rainer Maria Rilke (19e siècle).

Prenons rendez-vous avec la forêt

La forêt, en compensant certains facteurs qui nous sont délétères, joue un rôle préventif dans notre hygiène de vie. Prenons rendez-vous avec la forêt, tout comme nous le faisons avec notre coiffeur, notre client, notre ami ou notre médecin. Accordons-nous régulièrement cet espace de détente, de respiration et de reconnexion, pour favoriser notre bien-être physique, psychique et émotionnel. Ce n'est pas un hasard si c’est en forêt que l’on trouve des fontaines de jouvence !

Rédigé par Juliette Jouannet